( AFP / JOSEP LAGO )
Alliés aujourd'hui, rivaux demain ? Les partenariats entre les groupes de télécommunications et les opérateurs de satellites se multiplient, mais les deux secteurs risquent d'être également concurrents à l'avenir, poussant certains à s'éloigner du giron de Starlink.
A Barcelone, grands opérateurs télécoms et exploitants de satellites ont été les têtes d'affiche de l'ouverture du Salon international du mobile (MWC) lundi.
Le mastodonte américain SpaceX, dirigé par le milliardaire Elon Musk, a ainsi annoncé qu'il lancerait en 2027 une nouvelle génération de satellites Starlink "direct-to-cell", équipés d'antennes permettant de se connecter à des téléphones sans passer par une antenne terrestre.
Cette entreprise et Deutsche Telekom ont aussi officialisé un accord, pour étendre "les communications mobiles dans les zones où l’extension du réseau est particulièrement difficile".
Le cas n'est pas isolé: selon une étude publiée en janvier par GSMA Intelligence, cabinet adossé à l'Association mondiale des opérateurs télécoms, 133 partenariats ont déjà vu le jour entre les deux secteurs dans le domaine de la connectivité mobile.
"La raison pour laquelle les opérateurs veulent travailler avec les satellites, c'est que disposer du meilleur réseau reste l'élément le plus important pour gagner des parts de marché", explique à l'AFP Tim Hatt, directeur recherche et conseil de GSMA Intelligence.
Mais les avancées du "direct-to-cell" font peser le risque d'une concurrence entre ces actuels alliés.
Starlink, qui dispose de la constellation en orbite basse la plus importante, ne cache pas ses ambitions.
S'il reste pour l'instant dépendant des opérateurs classiques sur ce marché, il ambitionne désormais de se passer d'eux, après avoir racheté en septembre 2025 des fréquences de l'américain EchoStar, pour 17 milliards de dollars.
"Sous réserve des autorisations réglementaires", comme l'a précisé lundi le vice-président de Starlink Engineering, Michael Nicolls, l'entreprise souhaite utiliser ces fréquences à l'échelle mondiale pour sa prochaine génération de satellites.
- "Maîtrise technologique" -
Conscients du risque, certains opérateurs cherchent d'autres voies, notamment en Europe.
C'est le cas du britannique Vodafone, qui s'est associé en novembre avec AST SpaceMobile pour créer la coentreprise SatCo, avec un siège social au Luxembourg.
Malgré une constellation balbutiante, l'entreprise américaine "dispose d'un gros avantage: un assez grand nombre d'opérateurs télécoms ne veulent pas travailler avec SpaceX car ils considèrent qu'à l'avenir, SpaceX sera un concurrent potentiel plutôt qu'un partenaire", détaille pour l'AFP Simon Baker, analyste spécialisé dans les télécommunications et les satellites au sein du cabinet IDC.
Orange et Telefonica ont justement dévoilé lundi des partenariats avec AST SpaceMobile et SatCo.
Michaël Trabbia, directeur général de la branche Orange Wholesale, a néanmoins assuré que le groupe utiliserait "toutes les technologies disponibles".
L'entreprise française a déjà noué deux partenariats dans le domaine: l'un en France, avec l'américain Skylo, l'autre en Espagne, avec SpaceX, pour sa coentreprise MasOrange.
"Mais on est aussi très vigilants à ces enjeux de maîtrise technologique, aux enjeux des risques et des règles européennes", a souligné M. Trabbia lors d'une présentation avec la presse.
Orange souhaite inclure dans son partenariat avec SatCo des "mesures spécifiques pour répondre aux exigences de sécurité européennes", afin de s'assurer que les satellites ne puissent pas être contrôlés depuis l'étranger lorsqu'ils survolent l'Europe.
L'offre alternative strictement européenne est encore loin: Eutelsat, qui dispose de la deuxième constellation en orbite basse active, ne s'est pas encore lancé dans le "direct-to-cell".
Son directeur général, Jean-François Fallacher, a néanmoins laissé entendre que le groupe allait s'engager sur cette voie.
"C'est évidemment un sujet sur lequel nous nous penchons actuellement. Nous avons, je dirais, des projets dans nos cartons", a-t-il indiqué en février, à l'occasion de la publication des résultats du groupe.
0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer